Reconnaître les femelles réceptives dans le genre Furcifer



Pour tout éleveur de caméléons, il est important de savoir reconnaître le moment où les femelles sont prêtes à s'accoupler. Dans la littérature spécialisée, différents moyens ont été décrits afin de déterminer la réceptivité de la femelle. Ils sont souvent basés sur la coloration mais cela reste très difficile de l'identifier avec sûreté pour beaucoup d'espèces. La majorité des informations concerne Chamaeleo calyptratus et pour de nombreuses espèces, cela reste bien plus difficile.

Il y a environ 5 ans, j'ai commencé l'élevage de Furcifer pardalis. En discutant sur les différents moyens de reconnaître les femelles réceptives, tout le monde me disait de regarder leurs couleurs. Les femelles réceptives auraient de belles couleurs claires et ne devraient pas devenir noires ou agressives envers le mâle lorsqu'ils sont ensemble. Mais ceci ne me paraît pas être la meilleure manière. Les couleurs des femelles sont si variables que je n'ai souvent pas pu dire avec assurance si les femelles étaient réceptives aux mâles. Alors j'ai commencé à chercher d'autres signes de réceptivité. Finalement, j'ai noté quelques observations très intéressantes. Premièrement, la couleur ne semble en effet pas être le meilleur moyen de détermination. Une meilleure manière consiste à étudier le rythme d'alimentation des femelles. Elles ont toutes une période de croissance rapide jusqu'à atteindre une taille totale de 21-24cm, ce après quoi, la croissance ralentit. Il était clair pour moi qu'à cette période, les premiers accouplements devraient avoir lieu.

Malheureusement, Je ne pouvais toujours pas prévoir exactement le moment pour accoupler les femelles alors j'ai essayé de chercher de meilleurs signes de réceptivité. Finalement, j'en ai trouvé un qui me parait si logique que je me demande pourquoi je n'y ai pas pensé plus tôt.

Après un accouplement, la grossesse des femelles dure en moyenne 28 jours. Lorsqu'elles pondent leurs oeufs, elles creusent habituellement un trou de 20 à 35 cm de profondeur. Cet effort leur demande beaucoup d'énergie. D'après moi, il semblerait que les femelles Furcifer pardalis ont développé leur propre outil afin de creuser ce trou facilement. Avant que cela commence, les ongles de leurs pattes avant poussent jusqu'à atteindre plus du double de la longueur habituelle. Ceci parait être très logique, puisque ces ongles devraient permettre de creuser le trou bien plus facilement. Le plus intéressant dans tout cela, c'est que la croissance de leurs ongles commencerait au début de la période de réceptivité. Après avoir pondu, ils redeviennent à nouveau plus petits et avant le prochain accouplement, ils recommenceront à pousser. Jusqu'ici, toutes mes femelles pardalis ont présenté cette particularité (15 femelles différentes).

Femelle F. pardalis avant la croissance des ongles
Femelle F. pardalis avant la croissance des ongles. Photo par Guido van Lier.

Femelle F. pardalis après la croissance des ongles
Femelle F. pardalis après la croissance des ongles. Photo by Guido van Lier.

De nombreux éleveurs parlent de laisser leurs femelles atteindre l'age de 12 à 15 mois avant le premier accouplement mais ceci ne correspond pas avec mes expériences. Pendant l'hiver 2004, j'ai essayé d'accoupler des femelles avant cet age. J'ai remarqué que dans la plupart des cas, elles devenaient réceptives et que leurs ongles commençaient à pousser. Sans m'en soucier, je ne les ai pas laissé se reproduire mais je me suis rendu compte qu'elles pondaient des oeufs non fécondés. Après quoi, j'ai décidé de ne plus attendre pour les accoupler lorsqu'elles présentaient des signes sûr de réceptivité.
En plus de cette expérience, je me suis demandé si ceci avait également lieu chez d'autres espèces de caméléons. J'ai alors laissé quelques Furcifer oustaleti issus de captures sauvages aussi bien que leurs progénitures. La femelle sauvage semblait présenter de longs ongles. Plus tard, lorsque les petites femelles commenceraient à grandir, j'espérais qu'elles présenteraient également ces signes de réceptivité. Et finalement, en plus de quelques couleurs particulières sur leur tête, leurs ongles commençaient à pousser très rapidement. A ce moment, l'accouplement s'est déroulé sans problème, tandis qu'avant ceci, il ne s'était rien passé.
Outre F. pardalis et F. oustaleti, je n'ai aucune autre expérience avec des caméléons du groupe Furcifer, mais je pense que davantage d'espèces de ce genre montreraient des signes similaires. Dans le groupe Chamaeleo, je n'ai pas pu détecter de tels signes, mais j'espère trouver dans le futur s'il existe ce genre d'indications.
Pour moi, il s'agit d'une méthode très facile et efficace afin de reconnaître si mes femelles sont réceptives. Les couleurs et l'alimentation peuvent cependant en dire beaucoup et sont souvent correctes mais dans mes expériences, elles n'ont pas toujours été aussi précises que la croissance des ongles.

Cet article a été rédigé par Steven le 11/02/2007.