La Biodiversité à Madagascar et la sauvegarde de ses écosystèmes forestiers



A. Introduction



Madagascar, île-continent au large de l'Afrique, est une mosaïque de paysages, tout autant qu'une mosaïque de peuples.
Sanctuaire d'une nature à part qui a suivi un chemin évolutif différent de sa grande voisine, la biodiversité malgache est sans pareille mais est pourtant menacée à très court terme.
Cependant, on sent la volonté d'un peuple de conserver cette nature ancrée au plus profond de leurs traditions.

Ce dossier abordera la problématique de la sauvegarde de la biodiversité de la "Grande île" et plus particulièrement les écosystèmes forestiers en présentant rapidement Madagascar, son contexte social et économique, sa biodiversité et l'état de ses forêts. Ensuite, nous verrons quelles sont les menaces pesant sur ces dernières pour enfin nous intéresser aux politiques de sauvegarde mises en oeuvre par l'état afin de préserver la richesse biologique de l'île.

Résumé

Tout au long de ce dossier, nous allons nous pencher sur la problématique de la sauvegarde des écosystèmes forestiers de Madagascar.
Une rapide description de la richesse de la faune et de la flore nous permettra de mieux appréhender les particularités de l'île avant d'analyser plus en détail les forêts malgaches, les pressions qu'elles subissent et les dégâts qui leurs sont associées.
Finalement, nous nous intéresserons à la stratégie gouvernementale de sauvegarde de la biodiversité, le plan d'actions environnemental.

B. Présentation de Madagascar



Madagascar, avec 592 000 km² de superficie, est la quatrième plus grande île du monde.
Elle est située dans l'océan Indien à 400 kilomètres des côtes africaines au large du Mozambique dont elle s'est détachée il y a 150 millions d'années.

L'île présente une grande diversité de climat :

- Le Nord de l'île (Diego-Suarez, Ambilobe, Ambanja) et ses îles (Nosy Be, Nosy Faly, Nosy Mitsio) se caractérisent par un climat tropical humide et notamment durant la saison des pluies.

- La côte Est est elle aussi caractérisé par un climat tropicale humide mais est soumise à l'influence de l'Océan Indien et des cyclones.
Les températures de ces deux zones sont comprises entre 15 et 35°C avec des taux d'hygrométrie important.

- Le centre est lui représenté par les "hauts plateaux" qui montent jusqu'à 1200-1500 mètres et qui présente un climat subtropical avec un hiver austral dont les températures peuvent descendre en dessous de 5°C et ne sont que rarement supérieures à 30°C.

- La côte Ouest présente une pluviométrie bien plus faible et les températures se situent entre 10 et 40°C.

- Enfin, le Sud est une région à climat sub-désertique avec une pluviométrie très faible et des températures comprises entre 5°C et 40°C.

1. Population et économie :



Madagascar compte plus de 20 millions d'habitants, chiffre en croissance constante (le taux de fécondité est d'environ 6 enfants par femmes).
Le secteur agricole est prédominant et emploie environ 80 % de la population entre l'élevage de zébu, les cultures (riz, manioc) et la pêche. L'île compte 18 ethnies officielles, l'establishment étant majoritairement des membres de l'ethnie Merina des Hauts-plateaux (plus précisément autour d'Antananarivo, la capitale). La langue officielle malgache est d'ailleurs inspirée du dialecte merina.
Depuis 2004, et la stabilisation politique du pays, Madagascar est coupé en 6 provinces et 22 régions.

C'est aussi l'un des pays les plus pauvres du monde, la crise politique de 2002 et la dépréciation de 50 % de l'ariary (remplaçant du franc malgache) n'ont fait qu'appauvrir encore un peu plus la population. Malgré cela, le niveau d'éducation est supérieur à celui d'autres pays ayant un revenu par habitant comparable.
Cependant 75 % des malgaches vivent en dessous du seuil de pauvreté et 59 % sont en situation de grande pauvreté, ce qui classe le pays dans les 15 plus pauvres du monde. L'accroissement de la pauvreté va de pair avec la dégradation de l'environnement laquelle s'est accélérée ces dix dernières années.

Que ce soit en ville ou en province, les habitants de Madagascar entretiennent des liens très étroits avec la nature en générale et plus particulièrement avec les forêts. Qu'elles soient des lieux sacrés où les ancêtres sont enterrés (voir qu'ils fréquentent toujours les lieux) ou qu'elles abritent les esprits des traditions animistes encore très présentes, la forêt est aussi une réserve importante de matières premières (bois, plantes médicinales).

2. La biodiversité et l'endémisme à Madagascar :



L'isolement de l'île ainsi que sa diversité climatique ont donné naissance à une faune et une flore extrêmement variées et majoritairement présent que sur Madagascar. Sa biodiversité est aussi caractérisé par sa fragilité, en raison du caractère insulaire de l'évolution des ces espèces, la concurrence avec les espèces invasives est souvent favorable à ces dernières.
De ce fait, l'île est classée parmi les pays de mégadiversité (B-17), 17 pays qui concentrent à eux seuls 80 % de la biodiversité mondiale. Le principe de mégadiversité s'établit en fonction d'une forte concentration de biodiversité, l'importance de cette dernière pour l'économie du pays et l'existence de menaces graves sur les écosystèmes. D'autre part, elle est aussi classée comme "hotspot" (littéralement, point chaud). Les hotspots sont des zones tropicales qui sont essentielles à la conservation de la diversité végétale du globe. Les 10 régions classées concentrent 34 000 espèces végétales endémiques, soit 27 % de toutes les plantes tropicales sur seulement 0.2 % de la superficie mondiale et dans 3,5 % des forêts tropicales mondiales.

Concernant les espèces animales, les lémuriens sont endémiques à l'île depuis qu'ils y ont débarqués en provenance de l'Afrique il y a probablement 25 millions d'années. Aujourd'hui, on recense une quarantaine d'espèces. Le reste des mammifères compte une quinzaine d'espèces dont peu de prédateurs (5 espèces de petites tailles).
Madagascar abrite aussi environ 300 espèces de reptiles dont 90 % sont endémiques (citons la famille des caméléons répartie en trois genre sur une grande partie de l'île), 300 espèces d'amphibiens endémiques à 98 % et ne comptant que des grenouilles, 258 espèces d'oiseaux dont 115 sont endémiques.
Les insectes sont aussi présents en grand nombre, avec un taux d'endémisme estimé à 80 % rien que pour les araignées, cependant des centaines d'espèces sont encore à décrire.
Les poissons d'eaux douces de Madagascar sont parmi les plus menacés au monde ;
Du fait de la transformation des habitats en rizières et à l'introduction d'espèces invasives, beaucoup d'espèces endémiques à l'île ont d'ores et déjà disparues. La faune sous-marine est, elle, apparemment moins touchée.

La flore est elle aussi très riche, environ 12 000 espèces recensées en 180 familles.
10 familles et 260 genres sont endémiques à Madagascar, seule l'Australie avec 13 familles endémiques parvient à la dépasser.
Sur 170 espèces de palmier, 165 ne sont présentes que sur l'île (par comparaison, L'Afrique ne possède qu'une soixantaine d'espèces de palmier), dont le fameux Ravenala madagascariensis, l'emblème du pays. Le Raphia revêt aussi une importance particulière pour la population : ses feuilles sont utilisées pour la construction, notamment les toits des maisons traditionnelles, et la production d'alcool de palme. Les fibres de raphia sont extrêmement solides et servent aussi à la confection, confection de paniers, chapeaux et même de meubles. Le Raphia est un des produits principalement exporté de Madagascar.
Sur les huit espèces de baobab existant au monde, six sont endémiques dont la plupart poussent sur la côte Ouest de l'île.
La Famille des Orchidacées est présente à hauteur d'environ 1000 espèces dont 85 % sont endémiques, comme le genre Cymbidiella.
La famille des Apocynacées, avec la pervenche de Madagascar, Catharanthus roseus, a elle aussi une importance économique depuis qu'elle intéresse les laboratoires pharmaceutiques.
On en extrait environ 90 alcaloïdes dont la vincristine et la vinblastine qui permettent le traitement des leucémies avec des résultats formidables sur les leucémies infantiles. Malheureusement, comme souvent, les laboratoires pharmaceutiques ne rétribuent pas l'état et les populations locales à hauteur des bénéfices réalisés.

Pour conclure sur l'endémisme malgache, citons un des écosystèmes particulier à l'île, les forêts épineuses de Didieracées. Ces forêts se trouvent à la pointe sud, et sont constituées d'espèces endémiques à 95 % dont la plupart appartiennent à la famille des Didieracées, la majeure partie étant des Alluaudia procera.
Ces plantes se présentent sous la forme de troncs dressés d'une hauteur de 10 à 15 mètres, peut ramifiés couvert d'épines et de petites feuilles vertes durant la saison des pluies (cf. annexe 1). D'autres plantes de plus petites tailles comme les Pachypodium et des Herbacées, plusieurs espèces de lémuriens dont les sifaka viennent compléter cet écosystème aussi bizarre que menacé.
Il est en effet exploité par les quatre ethnies qui bordent son aire de répartition, pour du bois de construction et le charbon. Si 21 % des 13 763 km² de forêt sèche primaire de l'Ouest de Madagascar sont protégées, seulement 3,2 % des 14 115 km² de forêts épineuses le sont.
Outre le fait que cet écosystème n'est présent qu'ici, le manque de connaissances scientifiques ainsi que la richesse socio-économique (les tribus en ont fait des sites sacrés et notamment des cimetières) qu'il représente risque d'être perdu rapidement du fait des coupes sauvages et des brûlis.

3. Etat des lieux des forêts à Madagascar :



Les forêts représentent 1/15e de la superficie totale de l'île. Les forêts sont composées de Réserves Naturelles intégrales (RNI), de Réserves Spéciales (RS), de Parcs Nationaux (PN), de Stations Forestières (SF), de Forêts Classées (FC), de Réserves Forestières (RF), de Périmètres de Reboisement et de Restauration (PRR), des forêts domaniales, et de Mangroves. Ces catégories de forêts forment le Domaine forestier National.

Les Réserves Naturelles Intégrales (RNI) sont au nombre de 8 et d'une superficie totale de 328 822 ha soit 4,6 % des ressources forestières.
Les Parcs Nationaux (PN) sont au nombre de 15 et d'une superficie totale de 1 006 548 ha, soit 14,2 % des ressources forestières.
Les Réserves Spéciales (RS) sont au nombre de 23 d'une superficie totale de 382 099 ha et représentent 5,4 % des ressources forestières.
Les Forêts Classées (FC) qui sont au nombre de 166 et ayant une superficie totale de 2735836 ha dominent à 38,6 % des ressources forestières.
89 Réserves Forestières (RF) existent à Madagascar ayant une superficie totale de 1 494 939 ha soit 21 % des ressources forestières.
Les Périmètres de Reboisement et de Restauration (PRR) sont au nombre de 151 pour une superficie totale 1 129 372 ha soit 15,9 % des ressources forestières.
2 stations forestières occupant une superficie de 17 244 ha existent à Madagascar soit 0,3% des ressources forestières.
Le couvert forestier constitue moins du quart de la superficie de l'île, moins de 23 % de la surface l'ensemble du pays (13 260 000 ha) bien que plus de 70% (42 631 000 ha) soit constitué de végétation. Le tableau en annexe 2 montre la couverture et le taux de couverture des différents types forestiers rencontrés sur le sol malgache. La carte en annexe 3 montre la répartition sur le territoire de ces derniers.

Le couvert forestier recule, selon la FAO à un taux proche de 200 000 hectares par an, et Madagascar a perdu 75 % de ses ressources forestières en moins de cent ans. Afin de pouvoir préserver les forêts de l'île, il convient de connaître les causes de l'exploitation forestière.

C. L'exploitation forestière



1. Le tavy


La principale menace qui pèse sur les forêts malgaches est la pratique du "tavy". "La culture itinérante sur brûlis" ou tavy est la forme de gestion de terre la plus utilisée dans les zones forestières intertropicales. C'est un système plus adapté dans ces régions à cause de la faible pression démographique et du libre accès aux terres. Cette pratique nourrit entre 250 et 500 millions de personnes dans le monde. Pour les zones forestières intertropicales, elle concerne environ 30% des terres exploitables.
Le tavy consiste à convertir des espaces forestiers primaires ou secondaires en terres ou parcelles de cultures de subsistance comme le riz pluvial, le maïs, le manioc, la banane.
Cette conversion passe par 3 principales phases avant la mise en culture des terres : l'abattage, le séchage et le brûlage.
L'agriculture sur brûlis est souvent associée à l'abattage et aux incendies, conduisant à la destruction des forêts primaires, mais la plupart des cultures sur brûlis se font aujourd'hui dans les forêts secondaires. Il peut être "pionnier" lorsque l'abattage concerne les forêts primaires, avec retour à la friche après épuisement des sols ou "cyclique" lorsque ce sont les forêts secondaires qui sont abattues et remaniées, avec jachère en rotation. Un tavy s'étend généralement sur une étendue de 0.5 à 4 ha (avec une moyenne de 1 ha). L'abattage commence au mois de Juillet et la mise à feu en Septembre.

Cette coutume ancestrale est encore très répandue à Madagascar parmi les paysans. Le faible coût de main-d'oeuvre, la faible fertilité du sol des rizicultures, et la réduction de la taille des parcelles transmises (à cause de l'accroissement de la population) entraîne les paysans à chercher de nouvelles terres cultivables dans les forêts. Le tavy est donc aussi un moyen d'appropriation et de sécurisation de nouvelles terres.

2. Les autres pressions



Deuxième fléau de la forêt, les feux de brousses ont plusieurs buts, soit permettre un renouvellement des pâturages de zébu ou de chèvres, exploitation minière, lutte contre les invasions de criquets (anti-acridien) voir protéger la fuite de voleur de bétail.
Associés aux feux de brousses, la récolte de bois de chauffe et de charbon pèse aussi sur les écosystèmes forestiers. L'office national de l'environnement malgache a publié en 2002 une note sur les besoins en bois de chauffe d'un ménage : "En moyenne, un ménage rural consomme 1,2 m³ de bois mort par semaine. En faisant un calcul rapide, un ménage a besoin de couper environ 8,4 m³ de bois frais par semaine, ce qui donne 252 m³ par mois et 3066 m³ par an".
L'exploitation de bois précieux est lui aussi un important facteur de déforestation, comme le palissandre (Dalbergia baronii), le bois de rose (Dalbergia maritima), l'ébène (Diospyros perrieri) et l'acajou (Cedrelopsis grevei) sont souvent surexploités et pour extraire un arbre précieux, des couloirs sont aménagés jusqu'au sous bois. Ces bois sont soit utilisés pour la construction de maison, l'artisanat local, soit pour l'exportation vers les pays riches.

Malheureusement, ces différentes formes d'exploitation forestière causent aussi des dommages collatéraux à la forêt, le plus préoccupant à Madagascar étant l'érosion.

3. L'érosion



Depuis peu, Madagascar a reçu un inquiétant surnom, elle est en effet connue comme l'île rouge. C'est uniquement à cause de l'érosion de ces sols et de la mise à nu de l'argile latérite de couleur rouge. Le manteau d'argile latérite provenant de la dégradation superficielle des roches silicatées sous-jacentes comme le basalte, le gneiss et des granites qui forment le sous-sol de l'île.
En condition "normale", le couvert forestier crée et fixe une couche superficielle d'humus et de terre meuble, mais une fois le couvert forestier supprimé, cette couche est balayée par les pluies abondantes (ce phénomène est accentué du fait que le terrain est très souvent accidenté). Les argiles latérites sont donc mis à nues et sous l'effet répété et alterné des pluies et du soleil, elles cuisent en donnant une croûte stérile ayant l'apparence d'une brique et ne permettant pas de repousse végétale.
On appelle ce genre de formation les "lavakas" et les observations satellites de l'île ont tendance à rapporter une multiplication grave des lavakas.
En s'encroûtant, le sol se dessèche, favorisant ainsi l'assèchement des sols et le ruissellement.

Le ruissellement provoque à son tour des inondations et de la pollution tellurique en milieu côtier, l'érosion des bassins versants affectant quasiment toute la périphérie de l'île. Les plaines côtières se trouvent envasées ainsi que les rizières, les sols se salinisent faisant disparaître encore plus de végétation, les mangroves, déjà fragilisés, sont aussi touchés et enfin, les récifs en bout de chaîne pâtissent eux aussi de l'érosion. (cf. annexe 4)

4. Les autres dommages de l'exploitation forestière



Perte de la biodiversité, quand un type forestier disparaît, une certaine fraction des espèces qui le composait disparaissent. Chaque disparition d'espèce est grave de conséquence sur le milieu qui l'entoure, par exemple dans des cas de co-évolutions, particulièrement importantes chez des espèces d'orchidées (cf. annexe 1), et plus grave encore chez deux espèces vivant en symbiose.
Certains grands arbres, comme les figuiers, sont aussi des espèces clés de voûte fournissant abris, nourriture à de nombreuses autres espèces, qu'un arbre soit abattu et c'est un mini écosystème qui en subit les conséquences.
De plus, quand une forêt primaire est exploitée sans contrôle (ce qui est souvent le cas à Madagascar), de nombreuses espèces ne participeront pas à l'établissement de la forêt secondaire qui pousse en remplacement.

L'exploitation des forêts mène aussi à une parcellisation de celle-ci, on retrouve ainsi a des poches de forêts plus ou moins grandes séparées les unes des autres ou dans le meilleur des cas reliées par des couloirs forestiers. Si les deux poches sont complètement isolées et selon la distance de séparation, cela peut poser des problèmes à la faune.
Par exemple, certaines espèces, ne pouvant se déplacer hors du couvert forestier sont condamnées à rester en vase clos.
Si la population est importante et la place suffisante, l'impact sera faible, si par contre, la population est réduite et/ou la place manque, les individus sont condamnés à plus ou moins long terme.
De plus le brassage génétique au sein de cette population n'est plus suffisamment assuré, posant un nouveau problème.
C'est notamment le cas chez de nombreuses espèces de lémuriens de l'île.

Madagascar a depuis longtemps cherché à conserver son patrimoine naturel et plus particulièrement ces forêts. Des premiers Kabary au dernier plan d'actions environnemental en passant par les 305 articles publiés en 1881 et les traditions orales ayant valeur de loi, la forêt a toujours été crainte et respectée par les malgaches.
Mais depuis l'indépendance, la paupérisation générale du pays couplée avec une démographie sans cesse en hausse, fait que les pressions dirigées sur la forêt n'ont jamais été aussi fortes.

Dernièrement, l'état s'est impliqué de plus en plus dans l'inventaire et la protection de la biodiversité de Madagascar avec l'aide d'organismes internationaux, d'états étrangers (France et Allemagne notamment) et d'associations privées pour préserver la richesse biologique mais aussi économique (éco-tourisme en développement) et culturelle.

D. Le plan d'action environnemental (PAE)



En 1984, Madagascar adopte la Stratégie Nationale pour la Conservation (SNC) ;
A l'époque, elle définit les axes principaux pour la conservation de la biodiversité de l'île :

- La responsabilisation des populations par la participation du peuple malgache ;
- La changement d'approche et de comportement vis-à-vis de l'environnement ;
- L'accroissement et l'amélioration des connaissances ;
- La compétence et la capacité d'évaluation de la biodiversité.

Elle a servi de base pour mettre en place le PAE.
Votée comme Loi de l'état en 1990, La Charte de l'Environnement fixe le cadre général d'exécution de la politique environnementale, elle définit aussi les principes du PAE.
Le PAE s'est divisé en trois phases :

a. Le Programme Environnemental 1 (PE1)



Mis en oeuvre en 1990, c'est la phase de démarrage du PAE.
Il avait trois objectifs principaux : la protection du patrimoine biologique présent dans les parcs, les réserves et les forêts classées en composant avec les populations locales et leur développement ; la lutte contre le déboisement et l'érosion des bassins versants prioritaires et la mise en place les bases de la gestion durable environnementale.
En 1996, à la fin du PE1, le bilan était mitigé, cependant on note la création de L'ANGAP (Association Nationale pour la Gestion des Aires Protégés), la mise en place des bases d'un tourisme écologique, l'inventaire écologique et forestier national. Cependant, l'état malgache a pris conscience de la responsabilisation et de l'importance de la concertation avec les populations locales.

b. Le Programme Environnemental 2 (PE2)



Le PE2 instauré en 1996, intensifie les activités qui ont été entreprises avec le PE1. Les erreurs du premier programme ayant servi à améliorer le deuxième. Selon la banque mondiale, le PE2 est un plan avec une qualité quasi-optimale.
Il se fixe comme objectif d' "accroître l'utilisation durable des ressources naturelles y compris le sol, la couverture forestière et la biodiversité dans les zones cibles ; et d'établir les conditions pour pérenniser la gestion des ressources naturelles et environnementales au niveau national.
Les résultats du PE2 sont bien meilleurs que ceux du PE1 : déjà, la diminution du défrichage est importante avec un taux annuel estimé à 1.1 % pour les forêts protégés et 0.6 % pour les aires protégés.
300 000 familles ont bénéficiés du programme d'amélioration des revenus en milieu rural contre les 100 000 initialement prévues, voyant ainsi leurs revenus annuels augmenter de 10 % là où le taux de croissance annuel global n'est que de 5 % pour l'île.
Le transfert de gestion des ressources naturelles (notamment grâce au plan GELOSE) connaît une forte progression avec en 2002, à la fin du PE2, près de 100 000 ha sous responsabilité des collectivités locales.

c. Le Programme Environnemental 3 (PE3)



Le PE3 mis en place en 2002 a pour objectifs principaux de continuer à transmettre la gestion des ressources naturelles aux communautés de bases (ensemble de ménage ayant des intérêts communs dans une perspective de gestion des ressources) et aux administrations communales, d'améliorer la synergie des différents acteurs du PAE et offrir une plus grande importance d'implication au secteur privée et à la société civile.
Il entend aussi réduire la pratique du tavy, maintenir les superficies forestières au niveau établi en 2001, réduire les pressions exercés sur les mangroves et récifs coralliens
Il vise aussi à générer des retombés au niveau économique des ménages grâce au partage équitable des dividendes issues de l'exploitation commerciale des produits ligneux et des produits à valeur pharmaceutique. Son objectif est aussi d'améliorer les techniques agricoles, et de développer l'éco-tourisme.

E. Conclusion



Madagascar tient donc l'avenir de sa biodiversité entre ses mains, les résultats des derniers programmes de sauvegarde étant encourageants bien que loin d'être suffisants pour stabiliser la situation.
Il n'est pourtant pas trop tard, l'éducation et la responsabilisation des futures générations étant la clé d'un changement d'esprit et de regard envers la forêt, qui a toujours accompagné le peuple malgache.
Le développement de l'éco-tourisme, lui aussi, permet et permettra de pouvoir garder intact quelques sanctuaires de biodiversité.
Une autre clé d'une stabilisation de l'état environnemental de l'île serait un recul de la pauvreté, ainsi qu'un retour durable à une croissance économique profitant au peuple, ce qui est le défi du gouvernement actuel.

Lexique

Biodiversité : La diversité biologique, ou biodiversité, est la variété et la variabilité de tous les organismes vivants. Ceci inclut la variabilité génétique à l'intérieur des espèces et de leurs populations, la variabilité des espèces et de leurs formes de vie, la diversité des complexes d'espèces associées et de leurs interactions, et celle des processus écologiques qu'ils influencent ou dont ils sont les acteurs.

Brûlis (culture sur) : Technique de culture itinérante visant à brûler une zone de végétaux afin d'en changer la configuration avec généralement une culture de la zone. Elle suit généralement le schéma suivant : défrichement, séchage de la parcelle, brûlis, semis, sarclage, récolte et mise en jachère

Ecosystème : ensemble d'éléments végétaux, animaux et microbiens intégrés à leur
environnement formant un système écologique.

Endémisme : terme employé en écologie pour décrire la tendance des plantes et des animaux à être naturellement confinés dans une région particulière.

Forêts primaires : Forêt où aucune trace d'activité humaine n'est visible et où les processus écologiques ne sont pas perturbés.

Forêts secondaires : Forêt "provoquées" par l'homme, que ce soit du reboisement naturel d'une zone où il y a eu exploitation, ou un reboisement humain.

Kabary : tradition orale malgache, sorte de discours ayant une certaine importance sociale.

Bibliographie

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Cet article a été rédigé par Mahafaly le 03/05/2007.